L’écriture Mérovingienne

par Serge Cortesi

L’Empire romain d’occident, fissuré sous la pression des peuples barbares, s’effondre en 476.

Cet événement politique majeur va remodeler l’Europe occidentale en un certain nombre de royaumes. Les institutions se désagrègent et les échanges sont plus difficiles.

 

À la fin du Ve siècle, Clovis (465-511) unifie les royaumes francs saliens et francs rhénans. Sa conversion au christianisme aux environs de 500, va faciliter sa progression pour vaincre les autres royaumes germaniques établis en Gaule dont les rois, de confession arienne, ne bénéficient pas de la confiance de la population en grande partie chrétienne. Il assure ainsi la mainmise de la dynastie mérovingienne sur la Gaule.

Après sa mort, le royaume franc est partagé entre ses quatre fils.

L’Église, puissance unificatrice

Ces profonds changements ont renforcé le poids de l’église chrétienne dans la société. Elle est désormais le nouveau centre intellectuel et c’est au sein des abbayes, qui abritent les scriptoria, que sont conçus, fabriqués et écrits les livres.

De plus, les Francs ont conservé les structures administratives romaines, favorisant une certaine continuité dans de nombreux domaines, la forme de l’écriture ne faisant pas exception.

 

En effet, la cursive romaine tardive se trouve être l’écriture commune à tout l’Empire. C’est une authentique cursive minuscule. C’est donc dans ce prolongement qu’elle est adoptée par l’administration des royaumes barbares et va servir de base aux écritures nationales et précarolines.

Elle est en usage dans les chancelleries des rois mérovingiens et des premiers Carolingiens, mais aussi dans les actes privés et dans les livres.

L’écriture des diplômes des rois mérovingiens est d’un aspect enchevêtré et pour tout dire, déconcertant ! Les lettres sont étroitement serrées les unes contres les autres et avec de nombreuses ligatures (groupes de 2 ou 3 lettres entrelacées). Les hampes et les hastes sont d’une grandeur démesurée et empiètent souvent sur les lignes voisines. D’autant plus qu’il n’y a pas de réglure, donc les lignes ont tendance à onduler. La plupart du temps, les mots ne sont pas séparés. La première ligne, qui en général contient le nom et le titre du roi avec l’adresse, est particulièrement allongée.

 

L’écriture mérovingienne des manuscrits est plus grasse que celle des diplômes, plus régulière, les hastes et les hampes moins hautes. Dans la seconde moitié du VIIIe siècle, l’écriture devient plus lisible et présage de son évolution vers l’écriture Caroline.

Ces quelques descriptions nous font comprendre que le principal problème de l’écriture mérovingienne est une lecture rendue très difficile, à cause de ses irrégularités et de ses nombreuses ligatures. D’autant plus que chaque scriptorium se distingue par la création de son propre style graphique ! ce qui ne facilite pas la communication !

Les centres les plus importants de l’époque, la plupart de fondation irlandaise sont Luxeuil (fondé par Saint-Colomban), Saint-Riquier, Laon et Corbie…

 

La Caroline mettra fin aux écritures mérovingiennes qui, certes alambiquées, souvent maladroites, atteignent pourtant dans certains manuscrits une véritable dimension artistique. Comme dans le fameux Lectionnaire de Luxeuil réalisé au monastère de Luxeuil. Si la lecture s’avère difficile, notre œil est charmé par l’esthétique des signes et des ligatures dont les formes, presque exotiques, donnent au texte composé une certaine poésie visuelle.


LEXIQUE

Scriptorium : (au pluriel, des scriptoria) atelier des monastères  dans lesquels travaillaient les copistes.


Écritures nationales : écritures qui se développent dans les différents royaumes. L’écriture curiale et l’écriture lombardique en Italie. L’écriture visigothique en Espagne. L’écriture insulaire (irlandaise et anglo-saxonne). L’écriture mérovingienne en Gaule.


Hampe : (ou montante) partie de la lettre prolongée vers le haut.


Haste : (ou descendante) partie de la lettre prolongée vers le bas.


Lectionnaire de Luxeuil  ou lectionnaire gallican : réalisé aux scriptorium de Luxeuil vers 700. Il est considéré aussi comme l’un des chefs d’œuvre de l’enluminure mérovingienne.

 


DOCUMENTATION


Sitographie


Bibliographie

SALMON Pierre (Dom), Le lectionnaire de Luxeuil, étude paléographique et liturgique, Rome, Libreria Vaticana (Collectanea biblica latina), 1953.

 

HIGOUNET Charles, L’écriture, Collection « Que sais-je ? », Presses Univesitaires de France, 1982.

 

BISHOFF Bernard, Paléographie de l’antiquité romaine et du Moyen Âge occidental, Grands manuels Picard, 1993.

 

Dr STEFFENS Franz, Paléographie latine, Schaar & Dathe, 1910.