Nicole Robinson, calligraphe

Portrait de Nicole Robinson, calligraphe de formation classique, mais qui a su tracer son propre chemin et développer un style singulier, fait de délicatesse, de poésie et de créativité.

Nicole Robinson
Nicole Robinson

 

D’où vient ton intérêt pour la calligraphie ?

J’ai toujours aimé le dessin, la peinture et la typographie. Graphiste de formation, la typographie joue un rôle important dans mon métier. En découvrant la calligraphie, j’ai découvert un moyen de mettre en valeur le fond et la forme d’un texte.

 

Depuis combien de temps fais-tu de la calligraphie ?

Je me suis inscrite à des cours de calligraphie latine aux Ateliers de Paris (anciennement l’ADAC) et à ceux des Beaux-Arts de Paris en 1990. J’ai également participé à des stages organisés par l’association Ductus. Par la suite, j’ai continué en autodidacte et, depuis, je calligraphie pratiquement tous les jours.

 

Avec qui as-tu appris ?

Mon premier professeur s’appelait Bruno Foglia et enseignait à l’ADAC. Lors des différents stages, j’ai eu la grande chance de rencontrer Claude Mediavilla, Kitty Sabatier, Roger Druet, Laurent Pflughaupt et Bernard Arin, entre autres.

 

Je pense qu’il est important d’apprendre avec différents calligraphes, car chacun a sa propre approche et sensibilité calligraphique. Ils sont très complémentaires.

 

Pourquoi calligraphier aujourd’hui ?

Dans un monde dominé par les courriers électroniques, internet et les livres sur tablettes, il me semble indispensable de préserver l’écriture manuelle. L’écriture est, après tout, l’expression de notre personnalité. S’ajoutent à ça, le plaisir des couleurs et le « chant » de la plume sur le papier.

 

De plus, la calligraphie demande de la patience et du temps et cela est contraire au rythme qui nous est imposé à présent : beaucoup de choses doivent être réalisées vite, être « rentables » et « efficaces ». La calligraphie, elle, demande une exécution lente et réfléchie, on doit prendre son temps pour la conception, la mise en page et la réalisation. Cela oblige à prendre du recul et de s’extraire du tourbillon ambiant, ce qui peut être très bénéfique.

 

Il y a une vraie différence entre envoyer un texto ou un courriel pour transmettre ses vœux et prendre la peine de calligraphier une enveloppe, choisir le timbre et l’apporter à la poste afin que le destinataire reçoive une lettre vraiment personnelle dans sa boîte, souvent remplie de publicités et de factures !

 

Tu as vécu dans trois pays, Angleterre, Allemagne et France. La calligraphie est-elle pratiquée de la même façon dans ces trois pays ?

Je n’ai pas réellement d’expérience pratique en ce qui concerne l’Angleterre ou l’Allemagne, car cela fait plus de vingt ans que je vis en France et c’est ici que j’ai découvert la calligraphie.

 

Mais quand je feuillette des livres anglais ou allemands dédiés à la calligraphie, il me semble que la calligraphie occupe une place bien plus importante dans ces deux pays qu’en France. Les pays anglo-saxons utilisent la calligraphie de manière plus fréquente pour leur communication, que ce soit pour la publicité, les couvertures de livres ou pour l’art postal.

 

Il existe de nombreuses associations anglo-saxonnes et allemandes qui aident à promouvoir une calligraphie moderne et vivante. En France, j’ai souvent l’impression que ce domaine est quasiment inexistant et que l’intérêt culturel est assez restreint : il y a peu d’expositions autour de la calligraphie et la typographie prend le dessus en communication visuelle. C’est dommage, car il existe de nombreux calligraphes français très talentueux qui doivent peiner à vivre de leur art.

 

Pour toi, y a-t-il un rapport entre la calligraphie « historique » et la calligraphie « contemporaine » ?

Personnellement, je pense qu’il faut avoir observé, étudié et exécuté les écritures historiques, car celles-ci sont le reflet de notre culture. Après, on peut se lancer dans la calligraphie contemporaine

 

Dans le passé, j’ai rencontré certains élèves qui souhaitaient faire de la calligraphie contemporaine ou expressive directement. Ils ne voulaient pas prendre le temps d’étudier le ductus et le tracé des écritures du Moyen-Âge ou de la Renaissance : le résultat était souvent décevant, car le trait manquait de force et d’équilibre.

 

Cela dit, tout est une question d’interprétation, après tout. La calligraphie contemporaine se situant quasiment dans le domaine de la peinture abstraite, l’accueil du public par rapport à l’œuvre est ce qui compte au final. Donc, même si cette calligraphie contemporaine est intuitive et non fondée sur l’histoire de la lettre, elle peut tout à fait trouver sa place. Et parfois, avec un peu de chance, donner naissance à des créations assez innovantes.

 

Qu’est-ce que t’apporte (quel bénéfice) la pratique de la calligraphie ?

Mon entourage me trouve généralement patiente. Or cette patience ne m’est pas naturelle. C’est la calligraphie qui m’a appris à prendre mon temps et à ne pas sauter les étapes. Il n’existe pas de « Pomme Z » en calligraphie, donc si l’on n’a pas bien préparé son travail et que l’on ne prend pas le temps de le réaliser, on s’expose à de mauvaises surprises…

 

Cette patience que je m’impose dans le travail m’a aidée dans d’autres domaines tels que l’illustration et la peinture : je prends le temps de préparer le travail et je recommence si le résultat n’est pas concluant.

 

Du coup, quand je planche sur ma feuille de papier, j’oublie le quotidien et tout ce qui m’entoure. Toute ma patience et ma concentration sont focalisées sur ma calligraphie. C’est très reposant – peut-être comme faire du yoga ?

 

Quels sont tes outils préférés ?

J’aime beaucoup calligraphier à l’Automatic Pen, c’est définitivement mon outil préféré. Mais j’apprécie aussi les outils fabriqués « maison », comme le bois de cagette, le carton, le carton-plume ou encore le « Cola-pen » (fabriqué à partir d’une cannette).

 

Tu enseignes la calligraphie. Par quoi fais-tu débuter tes élèves ?

En général, je les fais débuter avec la « Caroline », parce que j’ai moi-même commencé avec cette écriture. Je préférerais démarrer avec la « Chancelière », plus équilibrée, élégante et plus proche de notre typographie actuelle, mais l’inclinaison nécessitant plus d’attention, je l’aborde généralement plus tard.

 

Par la suite, nous étudions l’Onciale. Après, je leur laisse le choix entre la Quadrata, la Rustica, l’Antiqua, les gothiques et l’Anglaise.

 

Certains élèves ont une idée bien précise de la calligraphie qu’ils souhaitent apprendre, notamment les écritures scolaires que certains ont pratiquées dans leur enfance. À ce moment-là, nous travaillons dès le début à la plume pointue à partir de planches d’écriture retrouvées dans de vieux livres.

 

Y a-t-il un programme précis ?

Le programme consiste à observer et analyser les planches d’écritures à notre disposition. Ensuite, les élèves tracent et reproduisent les lettres sur un bloc à carreaux en tenant compte des proportions et du rapport entre les noirs et blancs. Pour cela nous utilisons l’encre aquarelle en bouteille à pipette, très simple d’utilisation.

 

Ce travail de « moine copiste », certes indispensable, peut parfois avoir ses limites et mener à une phase de saturation et de frustration jusqu’à ce qu’on franchisse une étape. Pour rompre cette monotonie, je leur propose la réalisation d’un projet plus concret, comme une carte d’anniversaire ou une enveloppe calligraphiée.

 

La fabrication d’outils insolites (Cola-pen, par exemple) et leur utilisation permettent aussi de s’aérer, de casser le rythme. Ces récréations sont indispensables pour prendre du recul et découvrir des aspects moins scolaires de la calligraphie. Souvent, les élèves reprennent leur copie avec plus d’enthousiasme après une petite excursion créative et ludique.

 

As-tu une langue préférée ?

En principe, je dirai que non. Mais il est vrai que certaines langues permettent de calligraphier des lettres de manière plus fréquente : en anglais les lettres « k », « w » et « y » sont beaucoup plus présentes qu’en français. Pareil pour l’Allemand, qui permet d’exécuter de belles ligatures avec le « st », par exemple.

 

Propos recueillis par Serge Cortesi

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Commentaires : 15
  • #1

    fitzinnes (vendredi, 31 janvier 2014 14:13)

    I love your work Nicole, it's beautiful and very inspiring.

  • #2

    Benelhadj (vendredi, 19 février 2016 19:59)

    Salut :
    ayant lu sur internet que vous êtes professeur en calligraphie je vous prie madame de me renseigner sur les plumes pour l'ecriture anglaise,cursive et oblique.
    mes respects ,

  • #3

    seks telefon (mardi, 29 novembre 2016 19:06)

    Będzelin

  • #4

    love spell (mercredi, 30 novembre 2016 23:36)

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  • #5

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  • #15

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