L’écriture sous Charlemagne : la Caroline

par Serge Cortesi

Le contexte historique

La dynastie des Carolingiens, dont le premier monarque est Pépin le Bref, va régner de 751 jusqu’au Xe siècle. Elle va connaître, notamment sous la houlette du plus illustre d’entre eux, Charlemagne, la quasi-unité de l’Occident chrétien. À la mort de Pépin, le royaume franc est partagé entre ses fils, Charles et Carloman. Carloman meurt brusquement en 771. Charlemagne s’empare aussitôt de son royaume au détriment de ses neveux.

 

Rois des Francs, il part en guerre, à la demande du pape Hadrien Ier, contre les Lombards qui menacent Rome. Il prend Pavie en 774 et se fait couronner roi de Lombardie.

En 781, ses fils sont sacrés par Hadrien Ier : Pépin, roi d’Italie et Louis, roi d’Aquitaine. Il part en Saxe dont la christianisation prendra plus de 30 ans. En 788, la Bavière est intégrée au royaume. La conquête du nord de l’Espagne, territoire appelé la Marche d’Espagne, protège les Aquitains face à la menace maure. À l’est, les Francs combattent violemment les Avars. Ceux qui ne se soumettent pas au Christianisme sont exterminés. Les frontières sont repoussées jusqu’aux territoires des peuples slaves. L’empire carolingien est constitué.

 

En 800, jour de Noël, Charlemagne est couronné « empereur des Romains » par le pape Léon III.

Le renouveau carolingien

Installé depuis 790 à Aix-la-Chapelle, Charlemagne y a fait construire un palais devenu le cœur administratif et culturel de l’Empire.

 

Entouré d’hommes éminents, de toutes origines, tels Alcuin, Éginhard ou Théodulfe, le souverain s’engage résolument dans le développement des lettres et des arts. Alcuin notamment, son conseiller le plus proche dirige et réorganise l’école palatine et prend une part prépondérante dans le renouveau spirituel et intellectuel du royaume. Le roi édicte, par des capitulaires, les grands principes de la réforme carolingienne, avec, dans chaque évêché, la création d’écoles pour les enfants. Le programme concerne les apprentissages de base : lire, écrire et compter. Néanmoins, la grande majorité de la population n’est pas concernée par ces progrès.

 

La réforme passe par la révision de la bible et la redécouverte des textes profanes de l’Antiquité, nécessaires à la bonne maîtrise du latin. L’objectif est d’étendre la christianisation. Le latin doit être la langue commune de l’administration et de l’Église dans tout l’Empire. Les Carolingiens vont s’appuyer sur un réseau monastique disséminé sur tout le territoire pour asseoir leur pouvoir et favoriser le développement culturel dont le livre est indissociable. Les livres sont produits dans les scriptoria monastiques ou épiscopaux par des copistes et des enlumineurs. Ils assurent, de cette façon, la préservation des textes latins qui seront redécouverts par les humanistes à la Renaissance, au même titre que l’écriture Caroline.

 

Charlemagne disparaît en 814. Louis le Pieux lui succède et fait de son fils ainé, Lothaire, son héritier. Mais à sa mort, Lothaire, qui revendique le trône, entre en conflit avec ses frères, Louis le Germanique et Charles le Chauve. En 843, le traité de Verdun acte la division de l’Empire.

La Caroline

Nous avons là tous les composants nécessaires à l’unité de l’Empire : une école dans chaque monastère, un même texte biblique, une même liturgie (la règle de Saint-Benoît est généralisée), mais aussi une nouvelle écriture.

En effet, une des actions majeures de la réforme est la création puis la diffusion de l’écriture nommée Caroline qui est dérivée de la Semi-Onciale. C’est à l’abbaye de Corbie, qui dispose d’un des plus importants scriptoria monastiques, qu’apparaît la Caroline dans la bible de l’abbé Maurdramnus (réalisée entre 772 et 780).

Au scriptorium du Palais, en 782, le poème de Godescald dédié à Charlemagne est copié en Caroline.

 

En 789, Charlemagne promulgue la Caroline au rang d’écriture officielle dans le royaume.

 

Outre Corbie, certains scriptoria jouent un rôle important dans la diffusion de la Caroline, comme Saint-Denis, Saint-Germain-des-Prés, Reims, Metz, Saint-Amand, Saint-Gall...

 

C’est au scriptorium de Saint-Martin-de-Tours, sous la férule de l’abbé Alcuin (nommé en 796) puis de l’abbé Fridugise, son ancien élève et successeur, que la Caroline atteint son apogée. La Caroline est le fruit d’une évolution qui tend vers une meilleure lisibilité que les écritures mérovingiennes. La simplification des formes, un rythme régulier, les lignes et les mots clairement séparés, la suppression des nombreuses ligatures, mais aussi les formes rondes et souples, relativement larges, contribuent à une lecture aisée. De même, les hampes et les hastes généreuses donnent aux mots des silhouettes plus facilement identifiables.

 

Le point, la virgule et les guillemets sont semblables à ceux d’aujourd’hui. Le point d’interrogation est créé à cette époque.

 

Des capitales sont employées dans les manuscrits carolingiens afin de hiérarchiser l’information. On emprunte, à cet égard, les écritures capitalisées antérieures à la Caroline, que sont la Capitale romaine, la Rustica et l’Onciale.


Lexique

Scriptorium : (au pluriel, des scriptoria) atelier des monastères dans lesquels travaillaient les copistes.

Capitulaire : acte législatif de l’époque carolingienne. Il est divisé en petits chapitres nommés capitula, d’où le nom de capitulaire.

Hampe : (ou montante) partie de la lettre prolongée vers le haut.

Haste : (ou descendante) partie de la lettre prolongée vers le bas

Semi-Onciale : type d’écriture du Ve siècle dont l’origine vient de la minuscule primitive appelée epitome et mâtinée de cursive romaine.


Documentation

HIGOUNET Charles, L’écriture, Collection « Que sais-je ? », Presses Univesitaires de France, 1982.

 

BISHOFF Bernard, Paléographie de l’antiquité romaine et du Moyen Âge occidental, Grands manuels Picard, 1993.

 

Dr STEFFENS Franz, Paléographie latine, Schaar & Dathe, 1910.


MEDIAVILLA Claude, Calligraphie, éd. Imprimerie nationale.


Sitographie