La Capitale romaine première écriture latine

La Capitale romaine ou Capitalis monumentalis est la matrice originelle de l’alphabet latin. De cette graphie composée de lettres exclusivement majuscules découlent les styles d’écritures les plus variés qui jalonnent quelque 2600 ans d’histoire de la calligraphie latine.

Il faut attendre le IIIe siècle après J.-C. pour que la minuscule apparaisse.

Les Romains, par la volonté politique d’affirmer leur puissance, inscrivent en haut de leurs édifices une écriture gravée dans la pierre pour signifier et glorifier leurs victoires militaires.

 

C’est une lettre d’apparat qui est là pour informer, certes, mais surtout pour impressionner. D’une certaine manière, on soigne la propagande en s’adressant à tous, lettrés ou pas. Il n’est pas primordial de savoir lire pour en comprendre le caractère autoritaire et tout est fait pour instaurer un sentiment de domination, notamment à l’intention des peuples vaincus.

 

Toutefois, la réussite de cette écriture ne vient pas de l’expression graphique d’une force brutale. De manière beaucoup plus subtile, il s’agit plutôt, dans sa mise en scène, d’une adéquation entre la position en hauteur des panneaux gravés et la pierre qui matérialise la pérennité du pouvoir, mais aussi les proportions majestueuses des caractères, calligraphiés et gravés par des artistes.

Origines de l’alphabet latin

Dérivé de l’alphabet étrusque, lui-même descendant de l’alphabet grec et de l’alphabet phénicien, l’alphabet latin permet d’écrire la langue parlée par les habitants de Rome, le latin. Le latin fait partie des langues d’origines «indo-européennes». Il n’est qu’une des nombreuses autres langues italiques (tels l’osque, l’ombrien, le sabin...). Sa progression est proportionnelle à celle de l’influence romaine. Il s’impose peu à peu comme langue commune des peuples d’Italie pour devenir la langue officielle de l’Empire et de son administration.

 

Dans sa version archaïque, l’alphabet latin comporte 20 lettres. On ajoute au IIIe siècle avant J.-C. le «G» comme variante du «C» pour noter la dorsale sonore (g). Au Ier siècle avant J.-C. on introduit le «Y» et le «Z» pour noter les noms grecs.

 

Le «J» et le «U» sont ajoutés à la Renaissance pour les distinguer du «I» et du «V». Le «W» est une ligature (v+v) du Moyen Âge pour noter les noms d’origines germaniques.

Anatomie des lettres

La structure des lettres de l’alphabet latin est basée sur des formes géométriques simples : carré, cercle et triangle. Dans sa version archaïque l’épaisseur du trait est uniforme et les alignements aléatoires. Une des plus anciennes inscriptions, découverte à Rome, est la « pierre noire » ou lapis niger (environ VIe siècle avant J.-C). Le texte porté par cette stèle est écrit en boustrophédon, ce qui signifie que le sens de lecture change à chaque ligne, passant alternativement de gauche à droite puis de droite à gauche à la manière du bœuf traçant les sillons dans un champ. C’est au IVe siècle avant J.-C. que le sens de lecture de gauche à droite est définitivement adopté. Au fil du temps, l’esthétique des lettres va s’épurer. Au début de l’Empire, on peut considérer que les formes de la Capitale romaine arrivent à maturité.

 

Les lettres, dotées de pleins (traits épais) et de déliés (traits fins), révèlent un tracé calligraphique préalable à la gravure en creux réalisée par le lapicide.

Est-ce dû à l’influence de la Rustica, écriture du livre à la même époque, tracée à l’aide d’un morceau de roseau taillé et à bout plat (calame) ?

C’est la thèse du père Catich, qui tend à démontrer que la Capitale est d’abord tracée à l’aide d’un pinceau plat. Hypothèse séduisante puisque cet instrument permet de calligraphier les lettres pourvues de tous leurs attributs : répartition des pleins et des déliés, modulation dans l’épaisseur des jambages et formation des empattements (petits traits horizontaux aux extrémités des hampes permettant un alignement visuel parfait).

Une autre hypothèse suggère que les lettres étaient esquissées sommairement puis les détails précisés au ciseau.

 

Quoi qu’il en soit, la Capitale romaine atteint un degré de sophistication graphique remarquable.

On tient compte, par exemple, des corrections optiques afin de gommer certains effets désagréables pour le regard. Prenons un texte placé en haut d’un édifice au pied duquel le lecteur se trouve. Par rapport au lecteur, la ligne du bas est plus proche et la ligne du haut plus éloignée. Par conséquent, si les lettres de chaque ligne sont de la même hauteur, l’impression visuelle du lecteur sera que la ligne du bas est plus grande (car la plus proche de lui) que celle du haut. Pour corriger ce désagrément, il faut ajuster la hauteur de chaque ligne en tenant compte de la distance du spectateur. Ainsi, grâce à ce stratagème, le lecteur aura l’impression visuelle que toutes les lignes sont de la même hauteur !

 

Pour optimiser la lisibilité et faciliter la lecture, les Romains vont introduire la notion de rythme par le truchement d’une alternance de lettres larges et de lettres étroites et par l’espacement des mots.

La Capitale romaine est encore en usage aujourd’hui.

Lexique

Boustrophédon : mot grec venant de boûs «bœuf» et de srophein «action de faire tourner», indique une écriture qui se lit alternativement de gauche à droite puis de droite à gauche.

Lapicide : ouvrier chargé de graver des inscriptions sur la pierre.

Documentation

HIGOUNET Charles, L’écriture, Collection « Que sais-je ? », Presses Univesitaires de France, 1982.

 

BISHOFF Bernard, Paléographie de l’antiquité romaine et du Moyen Âge occidental, Grands manuels Picard, 1993.

 

MANDEL Ladislas, Écritures miroir des hommes et des sociétés, Atelier Perrousseaux éditeur, 1998.

 

SALLES Catherine, L’Antiquité romaine, Larousse, In Extenso, 2000.

 

GRAY Nicolete, L’écriture : le cerveau, l’œil et la main, Brepols, 1990.

 

BLANCHARD Gérard, Pour une sémiologie de la typographie, Rémy Magermans, 1979.

 

CATICH Edward, The Origin Of The Serif : brush writing & roman, Mary W. Gilroy, 1991.

 

MEDIAVILLA Claude, Calligraphie, éd. Imprimerie nationale, 1993.

 

COLLECTIF, Les Systèmes d’écriture, Centre régional de l’Académie de Dijon, 1990.

Sitographie

Capitale Romaine archaïque. Musée Archéologique de Cologne
Capitale Romaine archaïque. Musée Archéologique de Cologne