Noémie Pottiez, portrait d’une passionnée

Noémie Pottiez est une graphiste qui travaille depuis 2012 en tant que directrice artistique indépendante. Elle collabore avec des agences et des clients tels que les Galeries Lafayette, la RATP, Bourjois, Diageo, BeIN Sports… Elle s’est spécialisée dans les domaines de l’illustration, de l’édition et du packaging. Curieuse de tout, elle se passionne pour la calligraphie et la typographie, qu’elle utilise avec bonheur dans ses créations…

Noémie Pottiez
Noémie Pottiez

Noémie débute par une formation en communication à Lyon, et dans ce cadre, suit un cours élémentaire de graphisme sur les logiciels Photoshop, Indesign et Illustrator. D’emblée, cette discipline la captive. Elle passe beaucoup de temps sur les tutoriels pour enrichir ses connaissances techniques tout en continuant son parcours dans la communication. Rapidement, Noémie est rattrapée par sa passion naissante du graphisme.

Direction New York

Elle décide de franchir le pas, et, par là même occasion, l’Atlantique : direction New York pour intégrer la Shillington School et suivre une formation centrée sur la pratique et la mise en situation professionnelle, comme dans une agence.
Cette immersion intensive de quelques mois dans une ville qui foisonne de créativité est un révélateur.
Toutefois, cette formation se déroule principalement sur ordinateur. Le rendu informatique, très « propre », très flatteur, mais parfois trompeur (notamment pour la justesse des formes), peut de cette façon masquer certaines lacunes.

Noémie, qui à suivi, plus jeune, des cours de dessin et d’histoire de l’art, grâce auxquels elle développe une incontestable sensibilité artistique, mais aussi le goût de la création manuelle, estime qu’il lui est nécessaire de revenir à des pratiques fondamentales : « Quand on arrive à exprimer une idée par le dessin, cela devient beaucoup plus facile. Le dessin est essentiel », affirme-t-elle.

Elle porte un intérêt tout particulier à la typographie (partie intégrante du graphisme), dessine des lettrages, mais constate qu’il lui manque des connaissances pour s’exprimer pleinement dans ce domaine. En effet, la mise en forme d’une idée, d’un concept, nécessite de la réflexion en amont du projet, mais aussi, pour sa réalisation, d’une parfaite maîtrise artistique et technique.

 

Calligraphie

Pour pallier cette lacune, elle s’initie à la calligraphie, seule, à l’aide de manuels et de vidéos. Le manque de conseils et de critiques sur son apprentissage l’incite à suivre des cours. De cette façon, elle élargit sa palette de connaissances, ce qui lui permet de mener à bien des projets calligraphiques et typographiques. Cela regroupe plusieurs compétences : calligraphie, stabilisation du signe (technique qui consiste à redessiner, interpréter et parfaire une calligraphie), puis en dernière étape, la numérisation informatique.

Au début, en calligraphie, Noémie est séduite par l’Anglaise. Ensuite, c’est la Gothique qui l’inspire, puis, peu à peu, découvre l’ensemble des écritures latines. C’est le plus souvent dans son appartement parisien qu’elle passe de longues heures à travailler : « La calligraphie nécessite de la persévérance. Lorsque je fais une composition, je trouve la trame, l’esprit, puis je la refais plusieurs fois. C’est difficile d’être juste du premier coup ».

Influences

Parmi les graphistes qui l’ont influencé, il y a Jessica Hische et ses fameuses illustrations à base de lettres : « J’aime son côté un peu rétro, un peu joueur, très punchy (sic). Elle dessine au crayon, puis elle numérise et retravaille sur Illustrator »… À tel point que Noémie n’hésite pas à traverser l’Atlantique (décidément, c’est une habitude !) : direction San Francisco pour une visite-surprise à la typographe américaine qui, éberluée, lui ouvre les portes de son atelier pour un entretien à bâtons rompus.

Cela en dit long sur la détermination et la passion de Noémie. Elle se rend régulièrement aux Rencontres de Lure, en Provence, haut lieu depuis plus de 60 ans d’échanges et de conférences autour de la typographie, de la calligraphie et du graphisme. Elle adore aller dans les musées, voir des expositions et s’intéresse à l’histoire de l’art.
Mais pour elle, être graphiste-typographe-calligraphe c’est avant tout un état d’esprit : « C’est faire partie d’une communauté universelle avec un langage visuel en commun ».

 

LIENS NOÉMIE POTTIEZ

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Christophe Badani

Portrait de Christophe Badani, typographe de formation. Son parcours nous éclaire sur différents aspects de son métier et de l’importance de la calligraphie dans celui-ci.

 

Christophe Badani est né en 1969 à Marseille. Il y fait ses études dans le domaine des métiers du livre et obtient un CAP puis un BEP de photocompositeur*. Lors de sa formation, il aborde de nombreux aspects de la chaine graphique, dont la typographie au plomb*, mais aussi les balbutiements de la PAO*. Contraste saisissant entre une pratique traditionnelle de la typographie et la révolution numérique qui s’annonce ! En dépit des bouleversements dus à l’évolution technologique, un fil conducteur va guider Christophe tout au long de son parcours : sa passion pour la lettre.


Débuts professionnels

Sa première expérience professionnelle, qui se déroule à la Société Marseillaise de Publicité, lui permet d’expérimenter le Macintosh tout nouvellement acquis et dont il faut résoudre les soucis de jeunesse. Expérience profitable pour la suite.
En effet, Christophe s’installe à Paris et intègre l’agence de publicité BBDO comme graphiste-maquettiste. Son savoir-faire typographique en fait le « typoman » de l’agence. Parallèlement, Christophe développe son premier alphabet typographique baptisé Rough. Linotype, le fameux éditeur de typographie, l’intègre aussitôt à son catalogue ! Il est suivi, plus tard, chez le même éditeur, d’une autre création baptisée Index. Encouragé par cette réussite, il décide de se consacrer essentiellement à la création typographique et s’installe comme graphiste indépendant.
Des conférences, organisées par la société Agfa, éditeur de typographies numériques, permettent à Christophe de rencontrer et de côtoyer des typographes réputés, tels Olivier Nineuil, Jean-François Porchez, Albert Boton…

 

Pratique de la calligraphie

Afin de parfaire ses connaissances, il suit des cours de calligraphie chez Scripsit (association de calligraphie latine) avec Véronique Sabard et Vincent Geneslay. Il est vrai que la typographie a pour origine la calligraphie. La forme des lettres, la répartition des pleins et des déliés et la notion de rythme sont inhérents au geste de la main qui écrit et à l’outil utilisé, la plume calligraphique. D’ailleurs, les premiers caractères typographiques au XVe siècle imitent tout simplement la calligraphie en la « figeant » dans le plomb. Les caractères classiques d’éditions que nous lisons tous les jours sont analogues à ceux des premiers livres imprimés en Italie. C’est dire le lien qui existe entre calligraphie et typographie. Bien sûr, pour les créateurs typographiques contemporains comme Christophe Badani, les formes d’origine calligraphiques ne sont pas une fin en soi. Un créateur moderne va « habiller » les lettres de bien des façons. Pour autant, le squelette des lettres ou la notion de rythme sont toujours les mêmes. Il s’agit là d’un code commun qui permet de lire l’alphabet latin depuis l’Antiquité.


Nous sommes au début des années 2000 et Christophe dessine sa première typographie de commande. Son expérience et sa maîtrise des outils informatiques lui permettent de développer, à la demande de l’agence de design Seenk, une famille typographique complète pour la marque Lacoste. C’est le début d’une collaboration fructueuse qui fait d’ailleurs l’objet d’un livre présentant leurs créations communes.
Il remporte également, en 2004, le Trophée d’Or Intergraphic de la création typographique, avec le caractère pour la société Ubisoft.
Par ailleurs, il enseigne depuis 2006, la typographie à l’Académie Charpentier, école de communication visuelle.


Depuis 2010 et parallèlement à son activité de créateur typographique, Christophe s’investit davantage dans la calligraphie par une démarche personnelle, plus intime, hors des codes traditionnels. Il compose des calligraphies abstraites, comme pour revenir à l’essence même du tracé, avec liberté dans le geste et dans l’expression. Des compositions très colorées, comme un pied de nez au typographe, qui lui, élabore ses créations exclusivement

en noir et blanc !

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Nicole Robinson, calligraphe

Portrait de Nicole Robinson, calligraphe de formation classique, mais qui a su tracer son propre chemin et développer un style singulier, fait de délicatesse, de poésie et de créativité.

Nicole Robinson
Nicole Robinson

 

D’où vient ton intérêt pour la calligraphie ?

J’ai toujours aimé le dessin, la peinture et la typographie. Graphiste de formation, la typographie joue un rôle important dans mon métier. En découvrant la calligraphie, j’ai découvert un moyen de mettre en valeur le fond et la forme d’un texte.

 

Depuis combien de temps fais-tu de la calligraphie ?

Je me suis inscrite à des cours de calligraphie latine aux Ateliers de Paris (anciennement l’ADAC) et à ceux des Beaux-Arts de Paris en 1990. J’ai également participé à des stages organisés par l’association Ductus. Par la suite, j’ai continué en autodidacte et, depuis, je calligraphie pratiquement tous les jours.

 

Avec qui as-tu appris ?

Mon premier professeur s’appelait Bruno Foglia et enseignait à l’ADAC. Lors des différents stages, j’ai eu la grande chance de rencontrer Claude Mediavilla, Kitty Sabatier, Roger Druet, Laurent Pflughaupt et Bernard Arin, entre autres.

 

Je pense qu’il est important d’apprendre avec différents calligraphes, car chacun a sa propre approche et sensibilité calligraphique. Ils sont très complémentaires.

 

Pourquoi calligraphier aujourd’hui ?

Dans un monde dominé par les courriers électroniques, internet et les livres sur tablettes, il me semble indispensable de préserver l’écriture manuelle. L’écriture est, après tout, l’expression de notre personnalité. S’ajoutent à ça, le plaisir des couleurs et le « chant » de la plume sur le papier.

 

De plus, la calligraphie demande de la patience et du temps et cela est contraire au rythme qui nous est imposé à présent : beaucoup de choses doivent être réalisées vite, être « rentables » et « efficaces ». La calligraphie, elle, demande une exécution lente et réfléchie, on doit prendre son temps pour la conception, la mise en page et la réalisation. Cela oblige à prendre du recul et de s’extraire du tourbillon ambiant, ce qui peut être très bénéfique.

 

Il y a une vraie différence entre envoyer un texto ou un courriel pour transmettre ses vœux et prendre la peine de calligraphier une enveloppe, choisir le timbre et l’apporter à la poste afin que le destinataire reçoive une lettre vraiment personnelle dans sa boîte, souvent remplie de publicités et de factures !

 

Tu as vécu dans trois pays, Angleterre, Allemagne et France. La calligraphie est-elle pratiquée de la même façon dans ces trois pays ?

Je n’ai pas réellement d’expérience pratique en ce qui concerne l’Angleterre ou l’Allemagne, car cela fait plus de vingt ans que je vis en France et c’est ici que j’ai découvert la calligraphie.

 

Mais quand je feuillette des livres anglais ou allemands dédiés à la calligraphie, il me semble que la calligraphie occupe une place bien plus importante dans ces deux pays qu’en France. Les pays anglo-saxons utilisent la calligraphie de manière plus fréquente pour leur communication, que ce soit pour la publicité, les couvertures de livres ou pour l’art postal.

 

Il existe de nombreuses associations anglo-saxonnes et allemandes qui aident à promouvoir une calligraphie moderne et vivante. En France, j’ai souvent l’impression que ce domaine est quasiment inexistant et que l’intérêt culturel est assez restreint : il y a peu d’expositions autour de la calligraphie et la typographie prend le dessus en communication visuelle. C’est dommage, car il existe de nombreux calligraphes français très talentueux qui doivent peiner à vivre de leur art.

 

Pour toi, y a-t-il un rapport entre la calligraphie « historique » et la calligraphie « contemporaine » ?

Personnellement, je pense qu’il faut avoir observé, étudié et exécuté les écritures historiques, car celles-ci sont le reflet de notre culture. Après, on peut se lancer dans la calligraphie contemporaine

 

Dans le passé, j’ai rencontré certains élèves qui souhaitaient faire de la calligraphie contemporaine ou expressive directement. Ils ne voulaient pas prendre le temps d’étudier le ductus et le tracé des écritures du Moyen-Âge ou de la Renaissance : le résultat était souvent décevant, car le trait manquait de force et d’équilibre.

 

Cela dit, tout est une question d’interprétation, après tout. La calligraphie contemporaine se situant quasiment dans le domaine de la peinture abstraite, l’accueil du public par rapport à l’œuvre est ce qui compte au final. Donc, même si cette calligraphie contemporaine est intuitive et non fondée sur l’histoire de la lettre, elle peut tout à fait trouver sa place. Et parfois, avec un peu de chance, donner naissance à des créations assez innovantes.

 

Qu’est-ce que t’apporte (quel bénéfice) la pratique de la calligraphie ?

Mon entourage me trouve généralement patiente. Or cette patience ne m’est pas naturelle. C’est la calligraphie qui m’a appris à prendre mon temps et à ne pas sauter les étapes. Il n’existe pas de « Pomme Z » en calligraphie, donc si l’on n’a pas bien préparé son travail et que l’on ne prend pas le temps de le réaliser, on s’expose à de mauvaises surprises…

 

Cette patience que je m’impose dans le travail m’a aidée dans d’autres domaines tels que l’illustration et la peinture : je prends le temps de préparer le travail et je recommence si le résultat n’est pas concluant.

 

Du coup, quand je planche sur ma feuille de papier, j’oublie le quotidien et tout ce qui m’entoure. Toute ma patience et ma concentration sont focalisées sur ma calligraphie. C’est très reposant – peut-être comme faire du yoga ?

 

Quels sont tes outils préférés ?

J’aime beaucoup calligraphier à l’Automatic Pen, c’est définitivement mon outil préféré. Mais j’apprécie aussi les outils fabriqués « maison », comme le bois de cagette, le carton, le carton-plume ou encore le « Cola-pen » (fabriqué à partir d’une cannette).

 

Tu enseignes la calligraphie. Par quoi fais-tu débuter tes élèves ?

En général, je les fais débuter avec la « Caroline », parce que j’ai moi-même commencé avec cette écriture. Je préférerais démarrer avec la « Chancelière », plus équilibrée, élégante et plus proche de notre typographie actuelle, mais l’inclinaison nécessitant plus d’attention, je l’aborde généralement plus tard.

 

Par la suite, nous étudions l’Onciale. Après, je leur laisse le choix entre la Quadrata, la Rustica, l’Antiqua, les gothiques et l’Anglaise.

 

Certains élèves ont une idée bien précise de la calligraphie qu’ils souhaitent apprendre, notamment les écritures scolaires que certains ont pratiquées dans leur enfance. À ce moment-là, nous travaillons dès le début à la plume pointue à partir de planches d’écriture retrouvées dans de vieux livres.

 

Y a-t-il un programme précis ?

Le programme consiste à observer et analyser les planches d’écritures à notre disposition. Ensuite, les élèves tracent et reproduisent les lettres sur un bloc à carreaux en tenant compte des proportions et du rapport entre les noirs et blancs. Pour cela nous utilisons l’encre aquarelle en bouteille à pipette, très simple d’utilisation.

 

Ce travail de « moine copiste », certes indispensable, peut parfois avoir ses limites et mener à une phase de saturation et de frustration jusqu’à ce qu’on franchisse une étape. Pour rompre cette monotonie, je leur propose la réalisation d’un projet plus concret, comme une carte d’anniversaire ou une enveloppe calligraphiée.

 

La fabrication d’outils insolites (Cola-pen, par exemple) et leur utilisation permettent aussi de s’aérer, de casser le rythme. Ces récréations sont indispensables pour prendre du recul et découvrir des aspects moins scolaires de la calligraphie. Souvent, les élèves reprennent leur copie avec plus d’enthousiasme après une petite excursion créative et ludique.

 

As-tu une langue préférée ?

En principe, je dirai que non. Mais il est vrai que certaines langues permettent de calligraphier des lettres de manière plus fréquente : en anglais les lettres « k », « w » et « y » sont beaucoup plus présentes qu’en français. Pareil pour l’Allemand, qui permet d’exécuter de belles ligatures avec le « st », par exemple.

 

Propos recueillis par Serge Cortesi

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